RM reste fidèle à lui-même à chaque moment

Traduit de l’anglais (Vogue Korea du 11/05/2023) par #Baem

La joie d’admirer la beauté, la passion de devenir humble et d’apprendre, la détermination à se battre contre l’autosatisfaction : l’essence de la jeunesse, l’essence de RM.

Photo de RM pour Vogue Korea

Étant donné qu’il s’agit d’une interview écrite, j’imagine que vous répondez à ces questions à votre convenance. Pourriez-vous dire à nos lecteurs où vous écrivez et à quelle heure ? Que voyez-vous autour de vous actuellement ?

RM : Je ne voulais pas taper mes réponses sur mon téléphone alors j’ai attendu de retourner à mon studio et d’allumer mon ordinateur. C’est un samedi, il est 22h30 et je suis assis sur une chaise dans mon studio. Je suis allé à la salle de sport et j’ai travaillé sur certaines chansons. En regardant autour de moi, je vois une peinture de Yun Hyeong Keun qui orne mon mur depuis quelques temps, il y a également mon équipement dédié au studio. Je suis entouré d’objets familiers.

Vous avez planifié de faire le shooting photo de la couverture de Vogue Korea au Korea Furniture Museum. Vos fans s’attendent à ce que votre participation à cette séance photo, porte un message bien plus important que de simples jolies photos. Quelle signification essayez-vous de faire passer avec cette prochaine couverture ?

RM : En réalité, c’est la première fois que j’apparais sur une couverture par moi-même. Parmi tous les médias, il s’agit de Vogue. Mes fans ont raison d’attendre non pas de jolies photos qui attirent l’œil mais des photos qui montrent qui je suis, ce à quoi je pense et à quoi je crois. Il y a pleins d’autres personnes qui seraient plus plaisantes à regarder sur cette couverture plutôt que moi. Et puisque je prépare cela en étant ambassadeur de Bottega Veneta, j’espère aussi que l’esprit de la marque se fera ressentir mais d’une façon plus discrète.

Un artiste souffre souvent seul pendant le processus de création d’expression, mais certains déroulés créatifs comme le prochain shooting photo, peuvent se révéler être très collaboratifs et entraîner de nombreuses personnes. Quelles sont vos règles concernant les collaborations avec les autres, pour atteindre un certain résultat artistique ?

RM : Je me retrouve à travailler avec un panel de nouvelles personnes ces derniers jours. C’est très rafraîchissant et inspirant car j’étais habitué à travailler soit seul, soit avec un groupe réduit de personnes. En ce qui concerne les règles… je dirais que je suis encore en train d’y réfléchir. La seule règle qui me vient à l’esprit là de suite, est que je mets un point d’honneur à ce que toutes les histoires qui me concernent, transmettent mes convictions créatives, peu importe le média. Dans le but de transmettre mes convictions, je pense que je dois voir ma vie sous différents points de vue et que je dois vivre chaque jour à son maximum. Je crois que la créativité vient d’un engagement avec la vie et avec le jeu. J’essaie de ne pas oublier que la création artistique est un travail comme un autre.

Photo de RM pour Vogue Korea

Vous avez échangé des commentaires sur Instagram avec le directeur artistique, Matthieu Blazy, ce dernier vous a accueilli dans la famille de la marque, en postant des photos de votre campagne. Vous lui avez répondu que vous étiez heureux de vous joindre à l'effort. Puis vous avez assisté au défilé de la collection automne/hiver 2023 de Bottega Venetta en février de cette année, à Milan. Votre tenue entièrement noire était à la fois un reflet de la marque mais aussi de RM. Vous avez parlé à de nombreuses reprises de l'art et de la musique, mais très peu de la mode. Qu'est-ce que cette dernière signifie pour vous ?

RM : Je me souviens avoir été très impressionné lorsque j’ai entendu quelque part que la « mode est une idéologie ». Cela peut paraître hyperbolique mais j’y ai vu une certaine vérité. J’ai toujours perçu la mode comme un témoignage de l’attitude de quelqu’un. Vous ne pouvez pas vous balader nu, n’est-ce pas? La mode semble nous donner un outil élégant et subtile afin de nous affirmer, mais pas d’une façon qui force les autres à vous considérer et vous suivre. Cependant, ces jours-ci, j’essaie de ne pas trop donner de sens à quoi que ce soit, en partie parce que je me suis rendu compte que ce style d’habitude peut me perdre. En revanche, j’aime toujours la mode et je connais toujours son importance. Mon style vestimentaire a évolué au fil du temps, du street style au gothique, du American Casual au minimaliste.

Vous êtes connu pour votre amour des beaux-arts et surtout des œuvres d'artistes coréens. Lors de la précédente interview avec Vogue, vous aviez évoqué qu’"accrocher une œuvre chez soi est une expérience spirituelle". Personnellement, j'ai eu ma première rencontre intime avec l'art, à l'exhibition Mark Rothko en 2015 qui s'est tenue au Hangaram Art Museum. Ses pièces abstraites rouges semblaient m'avaler entièrement. J'ai même entendu un enfant qui se tenait non loin dire "je veux peindre des couleurs comme ça". Avez-vous eu une expérience similaire ? Une première rencontre puissante avec l'art ?

RM : Puisque nos souvenirs ont tendance à se modifier, je ne peux pas assurer la précision des miens mais je pense avoir vécu un moment similaire en voyant les peintures de Monet, Van Gogh et de Seurat à l’Art Institute de Chicago. Je crois que c’était vers la fin de 2018. Nous étions en tournée à ce moment-là, mais j’ai décidé de prendre de mon temps libre pour visiter un musée ce jour-là. Lorsque j’ai vu ces célèbres peintures que j’avais seulement aperçues dans les livres d’art ou sur internet, puis que j’ai senti leurs matières et leur présence, je me suis rendu compte que j’avais fait le bon choix. Je n’ai aucun talent artistique, donc je ne pouvais rien faire d’autre que d’admirer avec béatitude les teintes et techniques incroyables de ces maîtres. Pour une raison que j’ignore, j’ai été très ému par l’œuvre Un dimanche après-midi sur l’île de la Grande Jatte.

Les exhibitions que vous faites et les œuvres d'art que vous photographiez et postez sur Instagram sont devenues virales. Ce phénomène doit vous mettre la pression, mais aussi vous rendre fier d'être capable d'utiliser votre plateforme pour présenter d'importantes œuvres au public. Y a-t-il des raisons particulières qui vous poussent à partager l'art que vous apercevez aux expositions, avec le public ?

RM : Je l’ai déjà évoqué ailleurs plusieurs mais je perçois un compte Instagram – spécialement celui d’une personnalité publique- comme un canal de curation. Il montre les centres d’intérêt du détenteur du compte, ce qu’il veut révéler et exprimer à propos de lui. Eh oui, parfois je trouve mon rôle d’influenceur d’art pesant, mais je poste à propos de ces expositions et travaux dans l’espoir que les personnes qui m’aiment et me suivent sur les réseaux sociaux, puissent y trouver du plaisir. Encore plus parce que j’aimerais que les gens de la jeune génération, moi y compris, trouvent de l’intérêt dans l’art moderne et contemporain coréen, mais aussi dans les anciennes formes d’art.

Photo de RM pour Vogue Korea

Vous semblez plus intéressé par les peintures et travaux que par les médias ou les performances artistiques. Pourquoi ?

RM : Eh bien, selon moi, les médias et les performances artistiques sont plus compliqués et demandent plus d’efforts pour être appréciés. Je pense que c’est important de voir et de vivre ces expériences dans les lieux qui sont prévus à cet effet, comme les musées. Par contre, il m’est difficile de passer une heure ou plus à regarder un show de média ou bien encore une performance artistique à certains endroits. Cependant, au fur et à mesure que je tombe amoureux de l’art, je m’attends à développer plus d’intérêt pour ces formes d’art. Je trouve les travaux de Nam June Paik, Lee Seung-taek, Hito Steyerl et Bruce Nauman très fascinants. Je n’ai pas encore vu de performances en direct pour le moment. Ce que je vois à travers YouTube, me parait un peu faible. J’aime me rendre à des expositions pas seulement parce qu’il s’agit d’art, mais aussi en tant que passe-temps, pour un changement d’environnement. Lorsque j’admire les peintures et travaux, j’aime interpréter et analyser les matières mais aussi les histoires derrière ceux-ci. Honnêtement, ces derniers sont beaucoup plus jolis et accessibles, n’est-ce pas ? je pense que c’est dur de le nier.

Votre passion pour apprendre et acquérir de la sagesse a été mise au grand jour lorsque vous avez participé à l’émission coréenne Le Dictionnaire du Savoir Humain Inutile (alsseulinjab). Alors que les personnes gagnent de l’expérience et atteignent même un certain degré de réputation ou de succès dans leur domaine de travail, elles peuvent devenir têtues et arrêter d’écouter les autres. Être une superstar globale comme vous peut avoir le même effet. C’est pour cette raison que c’est encore plus rafraîchissant et incroyable de vous voir vous efforcer à garder l’esprit ouvert et continuer à apprendre. Pourquoi voulez-vous tant apprendre et que voulez-vous connaître ?

RM : De la même façon, je suis admirateur des personnes qui restent ouvertes d’esprit même après 50, 60 ou bien encore 70 ans. Le fait d’être bombardé d’informations comme nous le sommes actuellement peut causer un trentenaire à se fermer du reste du monde. J’essaie de reconnaître mes défauts et mes faiblesses, d’aller au-delà de la sensation d’inconfort ou des préjugés que je peux ressentir lorsque je découvre de nouvelles choses. Concernant mon désir d’acquérir de la sagesse, je pense que c’est naturel de vouloir apprendre et étudier tout au long de sa vie. Il y a tellement de sujets sur lesquels je ne connais que peu de choses et que je trouve intéressants. Je crois sincèrement que je peux devenir meilleur et plus sage en étudiant l’histoire de l’art, l’esthétisme, l’architecture, l’histoire du monde et de la Corée ainsi que d’autres sujets. Ces jours-ci, je suis fasciné par la photographie et l’art ancien.

J’aime la chanson sur laquelle vous avez travaillé avec So!YoON! pour son dernier album. J’apprécie aussi les chansons en collaboration avec Youjeen et Park Jiyoon sur votre album solo. Lorsque je les écoute, je ne peux pas m’empêcher de penser que vous êtes sans limites et un artiste libre. Avec quel type de musiciens aimez-vous travailler ?

RM : Par le passé, je pense que j’avais des standards à atteindre concernant les personnes avec qui je voulais travailler, mais je n’en suis plus si sûr maintenant. Peu importe ce que je fais, je préfère les personnes qui ont confiance en elles et qui visent quelque chose de plus grand en même temps, mais aussi les personnes qui non seulement ont le désir mais aussi la capacité et le talent de forger leur propre chemin. C’est probablement à travers ces personnes que j’essaie de trouver ma propre histoire, peu importe si elles ont un nom bien établi ou non.

Photo de RM pour Vogue Korea

Vous avez dit que votre rêve était de vivre dans le présent. D’où vous est venu ce rêve ? Quels efforts fournissez-vous pour vous ancrer dans l’ici et maintenant ?

RM : Maintenant que j’ai été impliqué dans la musique et l’art depuis un moment, je pense que tous ces efforts sont des essais pour exister dans l’intemporalité. À un certain point, cependant, vous vous mettez à réaliser que le raccourci ironique pour parvenir à l’éternité est d’être complètement immergé dans le présent. De nos jours – ou plutôt particulièrement en Corée – nos esprits ont tendance à s’égarer dans le passé ou bien encore le futur. Nous regrettons, attendons, désirons et rêvons de choses qui sont déjà passées ou qui ne se matérialiseront jamais malgré le fait que nous soyons bloqués dans le présent. Je peux cesser d’exister un jour sans avoir fait quoi que ce soit qui ait de l’importance, mais j’essaie de me dire à la fin de la journée, que j’ai fait pleins de petits trucs et pensé pleins de petites pensées. Je tente aussi d’éviter d’être trop excité à propos de bonnes choses en avance, mais aussi de trop appréhender ce qui pourrait mal se passer. C’est très important de mettre une routine en place et de s’y tenir. Ces jours-ci, je maintiens la mienne en me basant sur des mots-clés comme le travail, boire un verre, expositions d’art, faire du sport et me balader, tout en ajoutant ou en soustrayant d’autres activités lorsque c’est nécessaire. Ce n’est pas trop mal.

Vous avez évoqué que vous accordez de l’importance à avoir un équilibre entre le travail et la vie privée et que vous stressez lorsque cet équilibre est chamboulé. Mais ce n’est pas quelque chose d’évident pour des artistes, n’est-ce pas ? Qu'est-ce que cet équilibre signifie pour vous ?

RM : Je le dis encore et encore, mais l’art vient nécessairement de la vie. Je crois que je peux seulement créer quelque chose de génial en continuant de faire passer en premier le fait de vivre et jouer. Je ne veux pas faire de musique  juste pour faire de la musique ni de l’art seulement pour faire de l’art etc. La vie passe toujours en premier et c’est ce qui crée cet équilibre nécessaire pour travailler de façon fructueuse. Je me visualise toujours comme étant sur une poutre d’équilibre et j’essaie d’en profiter au maximum. Créer est une punition, mais j’essaie de le supporter tout en prenant du plaisir et en m’estimant chanceux d’avoir un travail créatif.

J’essaie de devenir une meilleure personne. Dans sa nouvelle 30, Kim Ae-Ran écrit « À quel point ai-je changé ? je crains que tout ce que j’ai réussi à faire est d’être devenu un être qui dépense un peu plus, qui se méfie des autres, quelqu’un dont le raisonnement est clair seulement lorsque cela touche la qualité des affaires qu’elle est sur le point d’acheter. Je crains d’être devenu un adulte pathétique. » Qu'est-ce que devenir une meilleure personne signifierait pour vous ?

RM : Je pense qu’essayer d’être une meilleure personne est un talent passif que nous appliquons tous,  dans notre vie. Mais nous devons avoir notre propre définition, tout comme le fait que ce qu’implique l’amour est en réalité bien plus profond que les mots « je t’aime » par exemple. Je parie que la réponse est différente selon les personnes. J’ai mentionné les mots-clés sur lesquels je base ma routine et ma vie. Je tente de rester focalisé sur ceux-ci pour garder mon équilibre, je continue d’apprendre, de jouer et d’interagir avec mes amis et d’être bienveillant avec les gens qui m’entourent. C’est très compliqué de devenir une meilleure version de soi-même, qui plus est car c’est la quête d’une vie. C’est pour cela que j’admire les gens qui ont vécu un grand nombre d’années et qui continuent d’essayer de s’améliorer. C’est comme si je voyais une auréole au-dessus de leur tête. S’il y avait plus d’êtres humains comme cela, le monde se porterait mieux, n’est-ce pas ?

Vous êtes-vous essayé à quelque chose de nouveau récemment et que vous appréciez ? Ou au contraire, que vous n’avez pas encore essayé mais que vous seriez enclin à tester dans le futur ?

RM : Ces jours-ci, je rencontre constamment de nouvelles personnes, avec qui je deviens ami et finis par travailler avec. Je pense que ma vie sociale était plutôt limitée jusqu’au milieu de l’année passée. Connaître de nouvelles têtes peut parfois apparaître comme beaucoup de travail et je peux me sentir gêné voire quelques fois timide, mais je sens que ces nouvelles interactions me font évoluer. Du moment que je garde mon équilibre durant ces nouvelles rencontres, je pense que le résultat ne peut être que positif pour moi, comme pour mon audience. Devenir un modèle de couverture solo pour Vogue, est une grande et nouvelle expérience pour moi également. Je suis reconnaissant d’avoir l’opportunité de le faire. Tout le monde, restez en bonne santé.