Interview de RM pour Harper’s Bazaar Korea de septembre 2025
Traduit de l’anglais (KNJSSOURCE du 25 septembre 2025) par #Lolo
Une lettre de RM vient d’arriver
Je vous écris ces questions depuis Séoul, Corée du Sud, début juillet, alors qu’une vague de chaleur débute. Je me demande à quoi vous ressemblez quand vous écrivez vos réponses. Quel jour est-ce, où êtes-vous en ce moment et quel est votre état d’esprit ? Comment s’est passée votre journée ?
RM : Je suis installé sur une terrasse à Los Angeles, après avoir terminé de réfléchir au premier titre en studio. J’ai dépensé tellement d’énergie que mes jambes tremblent. Il est 19h ici avec une faible humidité et un temps vraiment très agréable. Ma journée… eh bien elle était à la fois excitante et éreintante car c’est la première fois que je me remets à créer des choses depuis un an et demi.
Comment s’est passée la séance photo avec nous ? Cela faisait un moment que vous ne vous étiez pas tenu devant les objectifs donc au début vous aviez l’air un petit peu mal à l’aise.
RM : À l’époque, je voulais vraiment être photogénique donc je me souviens m’être entraîné à faire un nombre incalculable d’expressions et de poses devant le miroir. Maintenant, me faire prendre en photo est plus pesant et difficile. « À quel point dois-je me relâcher ? Quelle devrait être mon humeur et mon attitude ? » Et pourtant, puisque j’ai toujours apprécié les articles de BAZAAR, que le staff de Bottega Veneta a été si gentil et puisque j’ai pu travailler avec le photographe Mok Jungwook, j’ai pu devenir relativement à l’aise. Avoir l’honneur de faire la couverture d’un magazine et représenter une marque est vraiment exigeant. Mais maintenant, après l’avoir fait, je me sens fier. C’était amusant.
Il y a environ deux ans, dans une interview avec El País, vous aviez dit : « Maintenant que j’approche des 30 ans, je m’aime davantage que lorsque j’en avais 20. Je vais bientôt m’enrôler à l’armée pour un an et demi, ce qui est un grand événement dans la vie de chaque homme coréen. Et ensuite, je serai à coup sûr une personne différente. J’espère être une personne meilleure et plus sage. » Aujourd’hui, quand vous jetez un regard sur vous-même, où en êtes-vous sur cet aspect ? Êtes-vous devenue une personne meilleure et plus sage ?
RM : J’ai l’impression d’avoir perdu quelque chose au fil des années mais je ne sais pas ce que c’est. C’est peut-être aussi parce que j’ai passé l’année d’avant à lutter et errer en créant mon album Right Place, Wrong Person. Je ne sais pas si je suis devenu une personne meilleure ou plus sage, mais je pense que je deviens plus mature. Est-ce que c’est une chose formidable ou non ? Je ne sais toujours pas.
Vous aimez-vous davantage aujourd’hui qu’il y a deux ans ?
RM : De mon point de vue, j’alterne toujours entre m’aimer et le contraire. Ça n’a pas changé.
Les musicien·ne·s sont des personnes qui peuvent exprimer leurs émotions et leurs pensées à la fois de façon verbale et non verbale. Je suis curieuse de savoir quels mots-clés traversent votre esprit ces jours-ci. Je pose la question avec l’espoir que ces mots ou phrases deviennent peut-être un jour de la musique.
RM : Ayant perdu énormément de choses, est-ce que je suis à nouveau prêt à en accueillir beaucoup ? Si vous serrez les poings fort, paradoxalement, vous ne pouvez rien tenir de plus. Le proverbe « Aucun homme n’est une île » me vient à l’esprit. Les gens ne peuvent pas vivre comme une île isolée. Peut-être que je veux devenir une île mais je ne peux pas. En fait, ces jours-ci, je ne suis même pas sûr de vouloir en devenir une [rires].
Entre la popstar RM et le jeune homme Kim Namjoon, comment maintenez-vous votre équilibre ?
RM : Un jour, un ami m’a dit qu’il trouvait que les personnes qui vivent le mieux « incognito », jusqu’au bout, sont les plus intéressantes et admirables. Je pense la même chose. Si je devais imager, c’est comme si on était policier le jour et voleur la nuit. Ce fut d’un réconfort immense. Je trouve que les deux côtés sont intéressants. Dans le passé, j’ai beaucoup mis l’accent sur le mot « équilibre » mais plus maintenant. Aujourd’hui, je m’applique à pousser mes deux alter-egos à l’extrême. Il n’y a aucune priorité. J’essaie de bien faire les deux ! Alors l’équilibre arrivera peut-être naturellement. Si je me fatigue d’un côté, je trouve du réconfort dans l’autre. Ou vice-versa.
Alors quand est-ce que RM ou Kim Namjoon se sent le plus « vivant » ?
RM : Publiquement, c’est toujours la même chose : quand je suis sur scène ou quand je viens de sortir un album. Je pense que c’est dans ces moments que je me sens le plus fier et le plus en forme pour les fans. Dans le privé, c’est quand je suis en train de boire un verre avec des amis que j’aime, quand j’ai l’impression de me rapprocher d’une certaine sincérité sans aucune hésitation ou quand je suis quelque part où personne ne me reconnaît et je peux donc faire ce que je veux. Voyager est ce qui se rapproche le plus de ça mais honnêtement, je ne peux pas partir longtemps car j’ai très vite envie de rentrer à la maison. Depuis que j’ai récemment repris le processus créatif, je me sens vivant.
On dit que personne ne peut faire seul·e un plan de sa propre vie. Récemment, quels mots ou actions vous ont aidé à élargir votre perspective des choses ?
RM : Je suis allé au concert de musique classique de Chung Myungwhun et c’était mon premier concert de musique classique sans compter la fois où j’étais enfant. Les performances passionnées des personnes qui viennent d’un domaine complètement différent et la manière unique dont le concert était organisé étaient fascinantes et à la fin, j’en étais profondément touché. Ensuite, le chef d’orchestre a demandé quelle était la différence entre « apprécier » et « aimer ». C’est un peu difficile à expliquer à l’écrit mais puisque c’est quelqu’un qui travaille avec le son, il a dit qu’« apprécier » était simple et court à dire mais « aimer » possède un ton plus long et lyrique qui s’illustre par allonger le mot : « je t’aiiiime ». J’ai pensé que c’était une réponse vraiment intéressante. Cela m’a rendu curieux et m’a fait réfléchir à la différence entre apprécier et aimer.
Vous êtes vous-même un artiste et un admirateur passionné des arts. Je pense que cela doit venir de quelque chose profondément ancré en vous. Quelle est la chose qui vous captive depuis tout ce temps dans le domaine des arts ? N’en avez-vous pas marre ? [rires]
RM : La chose la plus importante, c’est que c’est amusant. La joie est ce qu’il y a de mieux après tout [rires]. J’ai toujours eu de la curiosité pour les gens. C’est pourquoi je suis intéressé par l’art, qui est le moyen d’expression ultime des êtres humains, venant juste après l’instinct de survie. Chaque personne, chaque support apporte une texture différente à leur art. Tout comme mes émotions lors du concert de Chung Myungwhun, je trouve cela éternellement fascinant. Pour faire court, je pense que je suis toujours impliqué dans le monde de l’art pour le plaisir, le sentiment d’avoir une vocation et pour l’amour.
Que ce soit pour BTS ou vous-même, « l’ambition » semble être un mot-clé important. Ce que je trouve intéressant, c’est que votre ambition est de non seulement devenir un meilleur musicien mais aussi de devenir une personne meilleure. Est-ce qu’une bonne personne est simplement une personne gentille ? Comment définissez-vous une bonne personne ?
RM : La définition d’une bonne personne est différente pour tout le monde et ce que je pense est probablement différent également. Mais je pense que les bonnes personnes doutent constamment d’elles-mêmes, si iels sont vraiment des bonnes personnes, vraiment matures. Parfois, je veux vivre simplement et clairement sur un coup de tête, laissant tous mes doutes derrière moi… mais tout comme Zhuangzi et Laozi ont utilisé des gros livres pour expliquer le Dao1, est-ce que les doutes intérieurs et les ambitions ne sont pas la condition pour être une bonne personne ? En plus de cela, si iels ont une pureté et une innocence enfantine, cela les rendrait encore plus charismatiques.
Vous avez dit que vous essayez de pousser vos alter-egos à l’extrême. Qu’est-ce qui fait de vous ce que vous êtes ?
RM : Un amour profond pour le monde et pour les gens, ainsi que son émotion contraire. Thèse et antithèse, yin et yang.
Je me suis intéressée au musicien RM avec votre chanson Reflection, composée par vous-même. Je me souviens m’être retrouvée dans ces paroles : « Je trouve ce film très amusant / Je veux en être le meilleur acteur chaque jour » et « Je veux être libre / Je veux être libre de toute liberté ». Toute personne qui voudrait créer son propre film ressentirait probablement la même chose. En écoutant à nouveau cette chanson, j’aimerais conclure avec quelques questions que je me posais depuis longtemps : quel genre de film est votre vie ? Quel titre lui donneriez-vous ?
RM : Mon film serait comme un documentaire camouflé derrière une comédie ou une pièce de théâtre. Le titre serait : « Je savais que ça allait arriver ». Si je m’étais rencontré à l’époque, à Ttukseom, je me serais probablement dit : « Mine de rien, tout ça est derrière nous. Je serai ton ami à l’avenir. »
A-t-il trouvé la liberté de ne plus dépendre de la liberté ?
RM : Je pense que je vais vivre en marmonnant : je veux être libre de toute liberté. Oh et le point culminant de ce film n’est pas encore écrit. Ni le réalisateur, ni Dieu ne le connaît !
Notes :
1. Dao :
Terme philosophique chinois donc l’écriture signifie chemin et qui est utilisé dans les théories chinoises sur le fonctionnement de l’univers.


