Découvrez l’art moderne et contemporain coréen avec RM
Traduit de l’anglais (Weverse Magazine du 24/03/2021) par #Coco
Un regard sur le top des artistes du musicien
Même si on éprouve un intérêt passager pour quelque chose, si on l’entreprend avec quelqu’un d’autre à ses côtés, on peut ressentir ce sentiment d’excitation dans tout son corps, de la tête au pied. On ne peut pas s’empêcher de ressentir un certain sentiment de fraternité avec cette même personne, même si on en est éloigné, quand elle partage ses pensées et ses sentiments – ce genre de conversation, durant ce moment particulièrement intime, te rapproche en quelque sorte d’elle, même en paraissant si éloignée. RM, le leader de BTS, m’a rapidement dévoilé son amour pour l’art qu’il regarde d’un œil tendre. Il ne fait pas simplement que parler des artistes et des œuvres qu’il admire ; il partage aussi son affection avec beaucoup de ces personnes, en donnant à des causes artistiques, et cela parce qu’il est très attaché au plaisir qu’une œuvre peut lui offrir. RM affirme qu’il se sent apaisé et inspiré après avoir observé une œuvre d’art, ce qui en retour nous rend curieux aussi d’en apprendre plus sur l’art.
A quoi peut ressembler le monde de l’art à travers le regard de RM ? Le critique d’art Lee Jangro explore cette question auprès du musicien afin de connaître ses artistes et ses œuvres qui lui sont les plus chères.
Kim Whan-ki
Les artistes et leurs fans ont maintenant plus d’opportunités pour communiquer à travers différents médias; alors en parallèle du fruit de leur travail, les fans accordent aussi une attention particulière aux actions de leurs artistes. C’était le cas lorsqu’on nous a dévoilé une photo de RM devant un tableau de Kim Whan-ki, Eternal Song, affichée dans le cadre d’une exposition tenue au Musée d’Art de Séoul.
Eternal Song
Un artiste pourrait-il envisager une aussi brillante idée afin de nous transmettre son souhait de rester à jamais à nos côtés ? Pendant qu’il étudiait à Paris, Kim a peint cette approche moderne de l’esthétique coréenne, une œuvre qui rappelle le désir des fans que leur artiste favori continue encore pour longtemps dans son art.
Dans son travail, Kim utilise fréquemment des motifs de la nature et des représentations d’éléments qui retracent au mieux, selon lui, les émotions coréennes ; les larges coups de pinceau sur la toile maximisent l’effet de sa texture, une caractéristique notable sur la scène artistique parisienne à cette époque. Durant cette période de sa vie, Kim se concentre essentiellement à produire des œuvres sur lesquelles il y fait refléter la poésie coréenne tout en continuant à échanger ses idées avec ses contemporains. Il décrit d’ailleurs leurs chefs-d’œuvres comme ressemblant à d’intenses chansons, et de là est né son désir d’en écrire une de son propre chef. En l’analysant dans cette perspective, Eternal Song semble d’autant plus significative. Ses représentations d’oiseaux, montagnes, cerfs, nuages, céramiques… symbolisent l’immortalité de la nature et des traditions. Comme la musique qui a longtemps été comparée à des poèmes accompagnés d’une mélodie, Kim utilise dans sa toile le langage figuratif avec lequel est écrit un riche poème imaginaire. La pratique disciplinaire et l’utilisation harmonieuse de la couleur, matérialisées par ses formes simplifiées et aplaties qui caractérisent cette œuvre, sont considérées comme reflétant pleinement la position et l’identité de Kim en tant que grand artiste et auteur littéraire. Néanmoins, l’évolution du style de Kim ne s’arrête pas là; après quelque temps passé à New York, il continue à peindre des toiles reconnaissables entre toutes par sa méthode de peinture en pointillés. Il utilise régulièrement la répétition de points ou pointillés comme sa structure de base, mais les tracés qui entourent les points des peintures de Kim et les changements répétitifs de leurs couleurs est une manière de peindre totalement originale. Dans un de ses tableaux d’une de ses fameuses séries de peintures, Where, in What Form, Shall We Meet Again ?, dont il a emprunté le titre du dernier vers d’un des poèmes de Kim Kwangseop nommé « In the Evening », est rempli d’un étalage de points bleus, exprimant les pensées de l’artiste et sa nostalgie pour sa patrie natale. Les points n’y sont pas proprement appliqués mais plutôt dilués et éparpillés, couvrant la toile de différentes nuances de bleu. Les points se brouillent, s’éparpillent, se rencontrent et s’étendent à partir d’un nombre solitaire d’éléments créant une forme large et ouverte, témoignant d’une harmonie entre modération et splendeur. Avec ces techniques qui montrent les différences de ses méthodes mais aussi son utilisation constante des motifs coréens et de la nature, les œuvres de Kim résonneront pour toujours comme des chansons éternelles.
Lee Ungno
L’art moderne coréen a commencé à l’époque de cet artiste et continue encore aujourd’hui. L’élément moteur qui a su garder actif encore aujourd’hui les courants sociétaux, malgré une nation épuisée par son histoire, est les artistes qui créent des œuvres dans un champ d’action poussant constamment au changement; alors on peut dire que le monde décrit dans leurs œuvres, sans exceptions, est une projection basée de la réalité du monde dont ils ont fait l’expérience.
RM a posté en ligne une photo d’une œuvre de Lee Ungno, Bamboo, en précisant à ses fans qu’il s’est rendu à l’exposition nommée The Square : Art and Society 1900-2019 au Musée National D’art Moderne et Contemporain. RM leur dévoile son amour pour l’art en mettant en avant le tableau People et en soulignant le fait qu’il s’agit d’un travail postérieur du même artiste. Le patrimoine artistique de Lee est particulièrement intéressant si nous passons chronologiquement en revue toutes ses œuvres, montrant alors ses différences de style. Dans ses premières œuvres, on y retrouve notamment la représentation à l’encre de ce qu’on appelle les quatre plantes gracieuses1, ce qui lui a permis de s’affirmer pleinement dans le champ de l’art traditionnel coréen. Lee porte une grande affection et un intérêt pour le bambou : il aurait peint exclusivement du bambou durant les sept années qui ont suivi sa victoire à l’Exposition d’Art de Joseon en 1924. Le bambou dans l’art est traditionnellement lié à la vertu de la noblesse, sous-entendu la droiture et l’intégrité. Lee est maître du mukjukhwa, une peinture de bambou à l’encre qu’il a adoptée durant sa jeunesse, et bien apparente dans Bamboo, l’œuvre de Lee datant de 1971 que RM a prise en photo. Le bambou est exprimé de façon réaliste par ses variations de saturations à l’encre et sa taille atteignant les trois mètres, invite les visiteurs à se sentir comme au milieu d’une véritable forêt de bambous. Les œuvres de Lee durant cette période sont particulièrement animées, il met l’accent sur ses feuilles afin que les variations de couleur soient plus expressives qu’avant. Bien que ces œuvres demeurent dans le genre du mukjukhwa, nous pouvons voir les changements de style de Lee à travers le temps. Dans ses dernières années, Lee créa son fameux tableau People qui montre une foule de figures humaines peintes par des coups de pinceau, nous faisant penser à de la calligraphie2. Les personnages de la peinture semblent s’enfuir dans une direction, comme si le vieux Lee exprimait la vitalité de l’esprit humain au-delà du domaine de l’histoire et de la civilisation.
Yun Hyong-keun
Comme nous l’avons vu, il est naturel que le caractère d’un artiste – c’est-à-dire son état d’esprit et son attitude face à la vie – soit intégré dans son travail. Ce sens du caractère et l’image qui en est produite est la principale force qui se cache derrière notre capacité à profiter d’une œuvre d’art, permettant de nous plonger dans une profonde fascination pendant que nous les observons. De ce que nous avons vu, RM est attiré et intrigué par l’art de Yun Hyongkeun, ayant aussi bien visité ses expositions à Séoul comme celles Venise et New York pendant qu’il voyageait. Ce n’est pas un simple exploit sans passion, ce qui rend facile de voir l’intérêt et l’affection que porte RM à Yun et à ses travaux.
Les œuvres de Yun, comme l’a noté RM avec enthousiasme, diffèrent en fonction de l’âge auquel l’artiste les a peintes; il est d’ailleurs reconnu pour sa peinture monochrome, en coréen dansaekhwa3, mais les premiers tableaux qu’il a achevé dans sa jeunesse étaient bien plus abstraits. Le sentimentalisme lyrique dont s’imprègnent ses premiers tableaux semble être pour Yun le reflet des influences de son mentor et beau-père Kim Whanki; pourtant, après qu’il a été faussement accusé de violation aux lois anticommunistes4 et sa rapide remise en liberté, les œuvres de Yun prirent une sombre tournure à laquelle on l’associe plutôt aujourd’hui. Lorsque les visiteurs dirigent leur regard vers les sombres colonnes de son tableau, ils ressortent inévitablement avec cette vive impression d’avoir ressenti l’amertume et le chagrin dont a souffert Yun. Les nuances de noir, les multiples couches d’encre, n’ont en réalité pas été créées par l’usage d’une peinture noire, mais sont plutôt le résultat de plusieurs couches d’un rouge de terre brûlé (un rouge intense) et d’un bleu outremer (un bleu intense) que Yun a appliqué plusieurs fois sur sa toile. Les couches de peinture se sont accumulées sur la toile où de la colle fut préalablement étalée pour que les couleurs s’y dispersent librement, pour qu’on ait le sentiment que les différentes variations de couleurs s’éloignent involontairement mais discrètement de l’obscurité. De cette manière, dans la série des Umber-blue que l’auteur a peinte durant une longue période de sa vie, le spectateur peut y discerner les émotions complexes que cachent ces bandes de couleurs verticales comme s’il pouvait les lier entre elles avec les marges blanches laissées à l’extérieur du tableau. Puisque la couleur et les marges de ses œuvres varient en fonction de la période à laquelle il les a peintes, la complémentarité de l’ensemble de ses œuvres viennent de l’exacte analyse de son environnement et de ses réflexions au moment où Yun peignait.
Kwon Dae-sup
Jusqu’à présent nous avons beaucoup parlé de peinture, ce n’est pourtant pas le seul art qui définit l’histoire coréenne et ses traditions. Cela ne veut pas dire qu’une création qui n’est pas issue des traditions est forcément exclue de la liste des œuvres d’arts, mais aucune ne serait complète sans les céramiques de Kwon Daesup. RM, qui a publié une photo de lui sur les réseaux sociaux avec dans les bras une des jarres de lune de Kwon, l’a même qualifié avec admiration de maître de l’esthétique coréenne, lors de sa visite à une de ses expositions. Les jarres de lune, poteries en porcelaine originairement modelées durant la période de Joseon, sont représentatives des fameuses céramiques coréennes connues pour leur élégante couleur blanche mais aussi pour leur forme ovale. Bien qu’il se soit aussi spécialisé en peinture, Kwon s’est passionné pour la forme et l’image que renvoient les jarres de lunes, il s’est depuis concentré sur le travail de la céramique. C’est ainsi que les jarres de lune de Kwon – qu’il a travaillées et perfectionnées durant des années, et pour lesquelles il a utilisé l’âme et la technique associées à la traditionnelle porcelaine blanche — pourraient naturellement être reconnues comme des chef d’œuvres; elles sont le résultat d’un raffinage de la forme basique des jarres de lune, d’une pureté dénuée de tout défaut, un minimalisme qui convient si bien à la sensibilité de l’art moderne.
Puisqu’il est difficile de modeler en une seule prise les jarres de lune5, le bas et le haut sont faits séparément et sont ensuite fusionnés ensemble, ce qui nécessite une grande mobilisation de ses compétences en raffinage; il s’agit d’un processus qui pour chaque artiste souligne la distinction entre esthétique et finition, même si celle-ci est dotée d’inévitables imperfections au niveau de sa forme ovale, ce qui renforce néanmoins la beauté de la jarre. Même si elle est toujours de blanc, le contrôle qu’exerce l’artiste lorsqu’il plonge la jarre dans le feu du four pour la rendre plus ou moins claire, nous montre toute la difficulté du processus. La qualité discrète mais chaleureuse de la jarre de lune reflète dans ses détails une naturelle sincérité. Cet équilibre que l’on trouve au moment du raffinage souligne le désir de Kwon de créer quelque chose de simple et traditionnel, bien que chaque minuscule irrégularité donne à la jarre son originalité. Dans les mains d’un artiste animé par une sensibilité pour l’art moderne, ce processus de création de poteries traditionnelles comme les jarres de lune évoque avec précision la rencontre entre modernité et tradition, et enrichit l’expérience de l’esthétique du spectateur.
Joung Young-ju
Tout comme nous pouvons trouver du réconfort et de la chaleur dans les éléments traditionnels d’une œuvre, nous nous y retrouvons nous-même parfois, bien que nous nous demandons pourquoi, comme si on attendait quelque chose alors que des émotions passées refont surface. Peut-être est-ce pour ça que l’émotion que suscite le tableau City, Disappearing Landscape de l’artiste Joung Young-ju, nous semble si familier.
Cette œuvre fait partie d’une série de tableau représentant de vieux bidonvilles ; elle semble si réaliste qu’on pourrait l’apparenter à une photographie, cependant pour ce type de tableau il est plutôt habituel d’utiliser la technique du papier collé6 qui incorpore différents matériaux que l’on fixe à la toile. Le papier traditionnel coréen connu sous le nom d’hanji est froissé et enduit de peinture acrylique afin d’y apporter la sensation que l’on y retrouve un ancien paysage voisin, de donner le sentiment que le temps passé y a laissé ses traces tout comme les couleurs et la texture du papier qui lui donne un effet à trois dimensions. En accord avec le nom donné à la série de tableaux, la perspective utilisée ici rend floue les traits des maisons du Disappearing Landscape, et est conforme au thème de faire ressurgir les souvenirs du passé avant que tout ne finisse par disparaître. Joung y exprime son ressenti personnel du réconfort, qu’elle associe dans son œuvre à un petit village, pour que tous ceux qui le voient ressentent inévitablement un sentiment de chaleureuse nostalgie, peu importe s’ils ont déjà pu personnellement observer ou non ce genre de paysage. Curieusement, dans sa représentation d’un tendre souvenir de paysage voisin, Young n’y a inclus aucun être humain. La raison la plus probable qui expliquerait ce sentiment de vie et de nostalgie qui habite chacune de ses peintures malgré l’absence de personnes est la concentration de maisons lumineuses qui, à elles seules, remplissent le tableau. Comme c’est toujours le cas, ce que nous voyons au premier coup d’œil n’est pas ce qui est explicitement exprimé, il est alors assez facile pour nous d’imaginer les habitants du voisinage passant leur temps dans leurs maisons ; les œuvres de Young permettent à notre imagination de nous emmener dans des souvenir lyriques.
Kang Yobae
Le ‘souvenir’ et le sens qui lui est attaché est différent pour chaque personne. L’artiste Kang Yobae, qui est né et a grandi sur l’île de Jeju, associe principalement le ‘souvenir’ au ‘temps’ et à son ‘lieu’ comme s’il était relié spécifiquement à Jeju. Ses œuvres sont centrées sur la nature et l’histoire de l’île.
RM a récemment mentionné le livre qu’il était en train de lire : The Depth of Landscape, une compilation des œuvres de Kang accompagnées tout au long de ses écrits personnels qui parcourent sa vie et ses travaux. Ce livre, qui est une analyse sur les réflexions et la logique que Kang a introduit dans son art, est en elle-même une lecture intrigante, mais elle est particulièrement intéressante car il est rare pour un artiste coréen d’écrire sur son propre travail. Le livre de Kang s’ouvre avec cette phrase, « J’ai grandi sur cette île, je dois retourner sur cette île ». Figure majeure du mouvement de l’Art Minjung7 et des années 80, Kang peuple ses peintures du douloureux mais puissant souvenir de sa ville natale, et spécifiquement du soulèvement de Jeju. Toutefois, il met aussi la lumière sur la nature de l’île. Il y mélange la représentation de paysages traditionnels avec les techniques de peinture occidentales et y fait refléter les quatre saisons, cependant la toile exprime aussi bien d’autres choses qui ne sont pas directement visibles. Les souvenirs qu’a Kang des paysages sont remplis de vie et d’histoires, ce qui les rend obligatoirement différents en fonction de leur perception par l’œil du spectateur. Bien qu’ils regardent le même océan et le même ciel que lui, Kang reconstruit les scènes à travers le souvenir qu’il a de l’histoire qui s’y cache derrière, du récit qu’il contient. Par exemple, le vent, un élément commun dans ses travaux, est peint avec un délicat, libre coup de pinceau afin de capturer le sens du temps et du lieu, ainsi que l’animation de l’environnement qui l’entoure. Ce vent souffle un émoi dans le cœur des observateurs avec la même agitation que son cœur prenait chaque fois que l’artiste, au cours de sa vie à pu en être le spectateur.
Notes :
1. Les 4 plantes gracieuses :
Les quatre plantes gracieuses (ou les quatres gentlemans) : méi lán zhú jú 梅蘭竹菊 le bambou, l’abricotier du Japon, l’orchidée et le chrysanthème forment les quatre plantes gracieuses dans la culture chinoise => couramment utilisé dans la peinture asiatique à l’encre => représente les quatre saisons mais aussi les quatre qualités qu’un homme lettré doit posséder => bambou (hiver) force de rester debout et flexibilité malgré les conditions difficiles, l’abricotier (hiver) la beauté intérieure malgré les conditions défavorables qui l’entourent, l’orchidée (le printemps) l’élégance-noblesse, le chrysanthème (automne ~ vers un début d’hiver) rester debout face à l’adversité [source : wikipedia, china daily, chinaonlinemuseum, Brushmeisters of Brooklyn]
2. People :
Représentation du massacre de Kwangju.
3. Dansaekhwa :
En coréen dansaekhwa 단색화 veut littéralement dire peinture monochrome. Mais existe aussi du même nom un mouvement de peintres coréens débutant dans les années 70 : caractéristiques => peinture monochrome abstraite (modèle peinture occidentale).
4. Lois anticommunistes :
Après la division de la Corée en 1953, la Corée du Sud instaure des lois pour combattre le communiste qu’on associe à la Corée du Nord.
5. Jarres de lune :
Une jarre de lune ou Dal hangari est une poterie traditionnelle coréenne typique de la période Joseon (1392–1910) qui servait à stocker riz, sauce soja, alcool ou recevait une brassée de fleurs.
6. Technique du papier collé :
On utilise des papiers découpés qu’on assemble pour former un tableau
7. Art Minjung :
Mouvement culturel contre la dictature militaire => accusé de communisme


