J-Hope : « Je pense que c’est mon travail de rester créatif »

Traduit de l’anglais (Weverse Magazine du 24/12/2024) par #Lolo

Interview de J-Hope, membre de BTS

En tant que membre de BTS, il peint un tableau d’espoir. En tant qu’artiste solo, il a ouvert une boîte de Pandore et révélé ses pensées intimes au monde entier. Donc, qu’est-ce qui lui permet de continuer en tant que J-Hope après tout ce temps ? Lui, le groupe et ARMY : la thèse, l’antithèse et la synthèse de J-Hope.

Photo provenant du Weverse Magazine ©Park Sangjun (@poishx)

Cela fait à peu près deux mois que vous avez été démobilisé de l’armée. [Note : cette interview s’est déroulée le 7 décembre.]

J-Hope : J’ai l’impression de m’être réveillé d’un très long rêve (rires). Pendant les deux ou trois premières semaines après être sorti, je n’ai parlé que de l’armée (rires). C’était une période importante qui m’a appris à trouver du bonheur dans les petites choses en tant que Jung Hoseok ordinaire. Une personne qui est arrivée dans notre unité pendant la dernière vague au même niveau que moi, seulement deux mois après mon enrôlement, est aussi sur le point d’être démobilisée. Quand je lui ai dit : « Tu vas sortir aussi, hein ? », il m’a répondu : « Ouais, le temps passe vite. Mais c’était amusant grâce à toi. » Savoir qu’ils ont passé des bons moments et qu’ils gardent des bons souvenirs de cette période était vraiment touchant. Selon moi, être capable de créer ce genre d’atmosphère aussi facilement est très touchant et gratifiant.

Vos collègues soldats ont partagé beaucoup d’anecdotes touchantes à votre propos. Quel genre de rôle avez-vous cherché à endosser pendant votre service ?

J-Hope : La hiérarchie était très stricte dans mon unité, donc je m’adressais toujours aux soldats plus jeunes que moi en disant « sergent » et « monsieur sergent instructeur assistant ». J’ai fait de mon mieux et tout donné pour honorer le rôle que l’on m’a assigné. Si l’on prend le cas de BTS, c’est comme le fait de montrer aux uns et aux autres encore plus de respect car nous sommes un groupe. J’ai essayé de faire la même chose à l’armée. Puisque mes actions déterminent le genre de souvenirs que chaque personne gardera de moi, j’ai essayé de respecter certaines limites, et je pense que ça a contribué à ce que les gens m’apprécient davantage et se sentent plus à l’aise en ma présence.

Ces derniers 18 mois ont dû être très différents de votre vie normale.

J-Hope : C’était une période très importante pour moi. Personne n’entre dans l’armée le cœur léger. C’est une aventure difficile, exigeante et parfois même éprouvante psychologiquement. Mais je me suis dit que m’intégrer dans cette société en tant que Jung Hoseok ferait de moi une personne plus adulte et que ce développement personnel me servirait de tremplin. Bien sûr, il y a eu des moments difficiles mais les surmonter et se rapprocher des gens à un niveau plus personnel en communiquant avec eux m’a aidé à avoir une meilleure vision. Littéralement, j’ai même pris du poids (rires). Manger trois repas complets par jour a tendance à faire ça (rires). Ces dix-huit mois vécus par Jung Hoseok m’ont aussi donné du temps pour réfléchir à J-Hope. C’était une opportunité de repenser à tout ce que j’ai fait, donc c’était du temps utilisé à bon escient. Quand j’ai été démobilisé, j’ai parlé de la manière dont j’avais changé, dont je suis devenu plus mature et tout, mais maintenant j’ai l’impression d’être redevenu qui j’étais. Je n’ai pas oublié tous ces souvenirs précieux, mais ce que je veux dire par là, c’est que j’ai accepté d’être cette nouvelle version de J-Hope.

Photo provenant du Weverse Magazine ©Park Sangjun (@poishx)

Vous avez passé du temps à Los Angeles récemment, ce qui vous a probablement aidé à trouver cette version de J-Hope. Vous avez expliqué sur Weverse Live que vous aviez fait ce voyage aux États-Unis pour que vous puissiez vite vous réadapter au monde que vous aviez connu auparavant.

J-Hope : Même avant mon enrôlement, je réfléchissais à la possibilité d’étudier et de travailler sur de la musique à Los Angeles. Et au fil du temps, cette idée est devenue petit à petit un plan et une réalité. Au cours de la vie, il y a beaucoup de choses que vous avez envie de prouver et que vous avez envie de faire. Par conséquent, mes projets ont fini par changer et j’ai dû raccourcir mon voyage chargé. Je me suis soudainement envolé pour les États-Unis une semaine après être sorti de l’armée, mais je ne m’étais déjà pas réhabitué à la vie en Corée, donc j’ai eu beaucoup de difficultés à me réadapter. Ce n’était pas facile de m’adapter à la culture, au rythme de vie et à l’atmosphère des États-Unis, mais après avoir rencontré des gens, parlé en anglais et fait des choses impossibles pour moi auparavant, j’ai eu le déclic : « Ah, je suis vraiment là et je prends mes aises. » Tout de suite après avoir affronté la réalité, je me suis vraiment rendu compte de ce qui m’arrivait.

Mais, pourquoi Los Angeles ?

J-Hope : J’apprécie tous les endroits des États-Unis, mais Cali possède sa propre ambiance que j’aime énormément. J’aime le soleil, l’atmosphère et l’ambiance détendue. De plus, toutes les personnes du moment de l’industrie musicale sont là-bas (rires). En fait, l’objectif de ce voyage aux États-Unis était lié à mon travail sous le nom de J-Hope, donc c’est par là que j’ai commencé. Il était évident que Los Angeles devait être ma destination. Et à la fin, être aux États-Unis m’a aidé à me replacer dans le bon déroulement de ma vie quotidienne et à me réhabituer à être moi-même, ce qui s’est révélé immensément bénéfique.

On dirait que vous êtes en train de consolider la vision artistique que vous aviez déjà.

J-Hope : Exactement. La consolider est très compliquée, cependant. Elle ne donne pas toujours un résultat fluide (rires). Je suis constamment en train de réfléchir à la direction vers laquelle je dois emmener J-Hope, pas seulement quand j’étais aux États-Unis (rires).

Photo provenant du Weverse Magazine ©Park Sangjun (@poishx)

Votre dernier album, Jack In The Box, ainsi que HOPE ON THE STREET VOL.1, ont montré l’effort que vous avez produit pour donner vie à votre vision, jusque dans les moindres détails, sous votre supervision.

J-Hope : Je veux pouvoir dire que j’ai accompli beaucoup de choses que je voulais faire. Et cette phrase entière : « j’ai », « accompli », « beaucoup » « de choses que je voulais faire » est inspirante à mes yeux. J’ai l’impression que chaque étape de mon travail était exactement ce que je voulais faire sur le moment. Ça veut dire que j’ai fait des choses que je n’aurais pu faire qu’à l’époque et c’est pour ça que le passé est si précieux. Bien sûr, je pense à ce qu’il aurait pu se passer si j’avais fait les choses différemment, comme tout le monde, mais je n’ai pas de regrets. Si vous me demandiez de tout refaire exactement de la même manière, houlà, impossible que j’y parvienne (rires). Je doute arriver à me représenter devant vous en combinaison et avec du mascara noir ces jours-ci (rires). C’est comme si… J’ai déjà essayé de faire ce que je voulais faire, donc je devrais maintenant faire ce que tout le monde attend de moi : ce que les gens imaginent quand iels pensent à la musique, aux visuels et aux performances de J-Hope. Tout est lié. La raison pour laquelle je peux penser de cette façon aujourd’hui et d’une autre façon demain est grâce à la personne que j’étais dans le passé.

D’un côté, nous avons un J-Hope introspectif qui parle de choses profondes et de l’autre, il existe chez vous un côté plus joyeux que l’on entend dans des chansons comme Chicken Noodle Soup (ft. Becky G). Pensez-vous que la plupart des gens considèrent J-Hope par ce dernier aspect ?

J-Hope : Je pense que je devrais travailler vers ce qu’iels pensent quand iels se disent « J-Hope », le J-Hope auquel tout le monde pense : joyeux, animé mais jamais trop léger. Et peut-être, maintenant que je suis de retour de l’armée, mature, habile et… ça me rend mal à l’aise quand je le dis moi-même mais aussi un peu sexy. C’est la première fois que je me sens comme ça quand je travaille sur de la musique. Avant, je pensais que ce que j’aimais allait fonctionner, mais maintenant, je prends aussi en compte les idées des autres. Je pense que c’est une nécessité. À ce stade, il y a une limite dans ce que je peux faire si je fais seulement les choses dont j’ai envie. Bien entendu, je suis toujours entièrement impliqué dans tout ce qui est musical et je laisse ma patte dans chacun de mes projets donc c’est toujours ma musique. Mais si ma méthode précédente était de tout broder à la main, celle d’aujourd’hui se rapporte plutôt à essayer une tenue de créateurs et à vérifier si elle me va, pour ensuite me rendre sur le tapis rouge. Je dois faire attention à la façon dont j’utilise mes mots mais je veux donner aux gens une meilleure idée de la personne qu’est J-Hope.

Qu’est-ce qui vous a amené à prendre cette décision ?

J-Hope : Ça consiste à vouloir les approcher avec ce qu’iels attendent de moi. J’aurais pu choisir un univers différent pour Jack In the Box, mais si je l’avais fait, je ne serais peut-être pas dans le même état d’esprit aujourd’hui. Ai-je vraiment abordé tout ce que je voulais ? Peut-être pas. Il y a encore tellement de choses que je veux faire. C’est un peu le problème (rires). Et pourtant, je pense que c’est le bon moment et ça ne me semble pas étrange. Je déteste vraiment faire des choses qui me rendent inconfortable. Mais j’ai l’impression que ce serait quelque chose dont je pourrais profiter. Et une fois fait, l’expérience que j’aurais acquise m’aidera avec ma prochaine musique donc je suis excité à l’idée de voir quel genre de musique en sortira plus tard. Je veux profiter de la manière dont je remplirai ma toile. C’est pourquoi je suis si concentré sur tout ce qu’il se passe en ce moment.

Photo provenant du Weverse Magazine ©Park Sangjun (@poishx)

Il me semble que vous êtes capables de prendre du recul et de voir les situations dans lesquelles vous vous trouvez plus objectivement à présent.

J-Hope : Je vois les choses en fonction des limites de mes capacités. Et je demande beaucoup l’avis des gens. Je demande également à ma famille et aux personnes du label. C’était déjà ma manière de faire mais je demande plus souvent maintenant. « Qu’en pensez-vous ? Est-ce correct si je pars là-dessus ? » Puis, j’écoute, je regarde les options présentées à moi et je fais mon choix. J’ai lu beaucoup de lettres quand j’étais à l’armée et j’avais du temps libre. Les ARMY ont vraiment mis tout leur cœur dans ces lettres (rires) qui disaient : « J’espère que tu essaieras de faire ça ou bien ça. » Iels m’ont vraiment beaucoup inspiré. Iels veulent vraiment que je fasse ça. Iels pensent que ce serait une bonne idée. Si certaines se croisent avec mes propres idées, je les prends en considération et demande des retours sur celles-ci. Prendre du recul comme ça m’aide à comprendre ce que les gens veulent et les choses sur lesquelles me concentrer.

Quand vous recevez des retours de tant de personnes différentes, il vaut mieux que vous gardiez les pieds sur terre.

J-Hope : Il faut vraiment garder les pieds sur terre. Si ce n’avait pas été le cas, aurais-je été la personne que je suis aujourd’hui ? Je suis là car je n’ai jamais perdu ce principe. Mais je peux quand même être assez têtu cependant (rires). J’écoute ce qui m’aide et j’ai hâte de laisser tomber ce qui ne m’aide pas. C’est mon style, tout simplement. J’ai des principes (rires).

C’est peut-être pour cela que vous êtes si confiant sur ce que vous voulez faire. Y a-t-il une raison derrière votre objectif de poursuivre votre propre vision artistique ?

J-Hope : Je ne crois pas avoir déjà réfléchi à une « raison » pour ça. S’il y a une raison, ne serait-ce pas trop attribué à du travail (rires) ? Je le fais parce que j’en ai envie et parce que pour moi, c’est intuitivement amusant de m’exprimer. Quand il est question de créer quelque chose, j’adore suivre mon instinct et aller là où il m’emmène.

Il semble que vous suivez votre instinct mais que vous ne faites pas de compromis sur le produit final, surtout quand vous avez tout pris en main pour votre performance à Lollapalooza à Chicago en 2022.

J-Hope : En y repensant aujourd’hui, je ne sais pas du tout comment j’ai réussi à gérer cette performance à Lollapalooza (rires). C’était une période difficile mais finalement je l’ai faite et j’ai essayé de présenter une bonne performance. ARMY parle encore de Lollapalooza donc je me dis qu’il faudrait que je leur donne encore plus maintenant que je suis sorti de l’armée. En ce moment, je travaille sur les détails et j’aboutis à un projet plus concret (rires). J’ai l’impression qu’il y a certaines choses que je suis destiné à faire. La manière dont j’apporte de la joie aux gens est évidente : c’est à travers mes performances. Je veux montrer ce dont je suis capable. Je veux continuer à me produire et apporter du bonheur aux gens.

Photo provenant du Weverse Magazine ©Park Sangjun (@poishx)

Vous avez dit que consolider votre vision est difficile, mais j’ai vraiment l’impression que vous avez une image claire et prête à être concrétisée dans votre tête (rires).

J-Hope : Oui, c’est simple. Vraiment simple (rires). En ce moment, il n’y a rien de complexe. Je veux juste leur donner quelque chose d’amusant, quelque chose qui me convient, quelque chose que je peux réussir : quelque chose d’un peu plus facile. Finalement, je veux leur donner un album qui reflète une version de moi-même qu’on pourrait davantage cerner. Je pense qu’être créatif fait partie de mon métier. Je l’ai déjà dit et je le dis à nouveau : c’est ma vocation. J’aime autant la musique qu’auparavant, j’aime la scène et je veux profiter de tout ça depuis le point de vue d’un artiste. Je veux continuer à réfléchir sur la personne que je suis, à faire des choses qui reflètent ces pensées et à montrer aux gens que je suis le genre de personne qui ne cesse d’avancer et de créer de nouvelles choses. Je travaille dur pour m’assurer que ça se voit.

C’est probablement un autre aspect de la responsabilité que vous ressentez en tant que membre de BTS.

J-Hope : BTS a débuté en basant ses fondations sur le hip-hop pour graduellement s’orienter vers la pop. Pendant ce processus, nous avons essayé tant de chansons différentes : certaines m’allaient comme un gant tandis que d’autres me donnaient l’impression de ne pas être à la bonne taille mais je pouvais toujours rentrer le ventre pour qu’elles donnent un bon résultat (rires). Puis, nous avons travaillé sur nos propres projets individuels, chacun ayant son style à lui. Après la fin de nos petites entreprises, nous nous remettons ensemble et je suis extrêmement ravi pour nous. À ce stade, je pense que nous sommes ensemble car nous apprécions être en présence les uns des autres et nous nous entendons bien. C’est ce qui rend notre travail de groupe si naturel et facile. Et si l’on aime passer du temps ensemble, ce n’est pas grave si les vêtements sont un peu serrés de temps en temps car nos cœurs seront toujours à la bonne place. Avec ça en tête, je pense que la prochaine étape pour BTS est de réfléchir à la manière d’équilibrer nos univers individuels avec l’équipe sans éclipser nos propres couleurs et identités.

Cela doit sembler novateur de voir les autres membres sortir leurs projets solo avec leurs propres styles après avoir travaillé en groupe depuis si longtemps.

J-Hope : Ce qui est intéressant à propos des membres, c’est qu’ils ont tous préparé beaucoup de choses en avance avant de partir pour l’armée. C’est inspirant de tous les côtés. Voir qu’ils ont tant réfléchi à la manière d’élaborer leurs projets, à quel point ils sont ambitieux et veulent s’exprimer est incroyable. Rien n’est plus beau que de dire ce qu’on a dans le cœur, surtout par la musique. C’est juste beau, pas vrai ? J’adore voir ce que Jin a concocté. Il avait des choses à raconter mais il n’a pas pu le faire car il s’est enrôlé en premier, mais maintenant qu’il le peut, je peux clairement voir ce qu’il voulait faire depuis le début. Et maintenant, je continue à me dire que s’il a fait ceci, je devrais faire cela.

Photo provenant du Weverse Magazine ©Park Sangjun (@poishx)

Après toute cette exploration personnelle et tout ce que vous avez traversé avec le groupe, qu’avez-vous découvert sur BTS ?

J-Hope : Il y a sans aucun doute des choses que nous avons besoin de faire avec BTS. Quand nous serons à nouveau tous ensemble, il y aura un impact énorme et tout le monde va nous surveiller. J’ai hâte de voir ce que ça fera quand nous monterons à nouveau ensemble sur scène. Je veux revenir de manière stylée et dire : « C’est nous. C’est BTS. » Je ne peux pas parler pour tout le monde mais je peux vous dire que les autres membres ressentent la même chose. Ce qui n’a pas changé, c’est que j’aime beaucoup, beaucoup faire ça. Même maintenant. Je suis ici grâce au groupe. Et travailler avec les autres est toujours aussi amusant et gratifiant et me rend tellement, tellement heureux. Et le plus important, nous sommes arrivés jusqu’ici car ARMY est au centre de tout et c’est quelque chose que nous ne devons jamais oublier tandis que nous continuons notre route. C’est incroyable. Iels sont la raison pour laquelle je m’en suis sorti (rires). Iels sont toujours là à attendre, regarder, soutenir et approuver. ARMY est la raison qui me fait avancer. Iels sont l’essence de ma voiture ou… juste mon essentiel ?

Savoir qu'il y a toujours quelqu’un qui vous attend doit beaucoup signifier pour vous.

J-Hope : Bien sûr. ARMY me pousse à marcher, comme s’iels étaient mes jambes qui me soutiennent et mes muscles, mes cellules, mes neurones : tout cela (rires). C’est tout ce que je peux dire, vraiment.