Interview de RM pour Dazed Korea
Traduit de l’anglais (@KNS du 15/09/2023) par #Lolo
Vous vous êtes coupé les cheveux très court. Y a-t-il une raison spéciale ou est-ce juste à cause de la chaleur ?
RM : J’ai dit en effet que « c’était à cause de la chaleur », et c’est vrai, mais c’était sur un coup de tête. Je crois que la dernière fois que mes cheveux étaient aussi courts, c’était au lycée. Mais je voulais me faire face. Je voulais me débarrasser de certaines inquiétudes présentes dans ma tête, et ne pas avoir de cheveux m’aide vraiment à penser plus simplement. J’ai toujours beaucoup de choses qui se bousculent dans ma tête.
Comme vous l’avez mentionné, une nouvelle coiffure apporte de la fraîcheur. Elle vous rend un petit peu différent.
RM : Je pense que les ARMY n’étaient pas habitué(e)s à me voir ainsi. Mais les réactions autour de moi sont très positives. Certaines personnes disent que je n’ai jamais été aussi beau que maintenant (rires). J’ai une totale confiance en mon apparence et en mes cheveux depuis longtemps, donc je me suis dit que même si je me rasais la tête, cela resterait joli. C’est confortable et soigné. C’était un peu fatiguant que l’on me pose toujours la question : « Avez-vous changé d’avis ? », mais à part ça, tout va bien. D’une certaine façon, c’est peut-être parce que cette coiffure est la plus décontractée, mais en regardant les photos que j’ai prises aujourd’hui, je pense que les vêtements ressortent mieux.
En préparant cette interview, j’ai réfléchi sur le type d’histoire qui devrait être le sujet principal. Je ne peux pas dire que c’est complètement nouveau, mais finalement, votre attachement aux arts est forcément un sujet intéressant. Quelles émotions ressentez-vous et qu’aimez-vous voir quand vous regardez les tableaux de Yun Hyongken à côté de vous ?
RM : M. Yun est toujours vivant au pied de mon lit, dans mon bureau, dans la cuisine, et à l’entrée de mon appartement. Quand je me tiens devant lui, mes soucis, les hauts et les bas irréguliers de ma vie n’ont plus d’importance. Je pense qu’il nous enseigne des choses de près mais aussi de très loin. Même s’il n’est pas avec nous maintenant, j’ai toujours l’impression d’apprendre et de grandir auprès de lui.
J’ai regardé votre compte Instagram. Aujourd’hui, nous sommes le 30 août, et j’ai remarqué que vos posts les plus récents étaient la performance et l’exposition de Kim Yongik. Vous avez dit auparavant qu’« Instagram est une sorte de curation ». Vous avez aussi dit que beaucoup de gens visitent les expositions que vous recommandez, et que ce serait génial si au moins une personne pouvait avoir une meilleure expérience grâce à ça. Qu’avez-vous vu lors de votre dernière visite dans une exposition ?
RM : Je regarde sans cesse les expositions de certains artistes, et je fais attention aux commentaires que je fais. M. Kim Yongik était à l’origine l’élève de M. Yun Hyongkeun. Il le respectait aussi beaucoup. J’ai toujours les lettres qu’ils ont échangées, et il existe aussi des travaux d’écriture de Kim Yongik à propos de Yun Hyongkeun, alors je pensais aller voir son exposition solo. Les opinions de M. Kim Yongik à propos de l’exposition sont pour le moins très complexes. Comment un jeune artiste, qui s’est beaucoup exprimé entre le modernisme coréen des années 70 et l’art folk des années 80, a réussi à écrire sur lui-même ? J’ai l’impression qu’on partage tous cette agonie. D’un côté, je suis aussi un écrivain donc j’ai éprouvé de la sympathie mais j’ai aussi été intrigué. Je pense que c’est une exposition particulièrement intéressante pour les créateurs. L’exposition de M. Sung Neungkyung donne l’impression d’assister à l’avant-garde actuelle. Même s’il a maintenant plus de 80 ans, il travaille encore. C’est une exposition qui m’a donné du courage juste en découvrant des œuvres que je n’avais jamais vues auparavant dans un monde à la fois vieux et très jeune. Frieze arrive bientôt, et ce sont des expositions qui m’ont rappelé le travail immense qu’ont fait les galeries de Séoul.
Le temps passe et les perspectives changent. Personnellement, je pense que mon intérêt pour la peinture s’est étendu à la photographie et au cinéma. Qu’en pensez-vous ?
RM : J’ai déjà entendu ça quelque part. Était-ce dû au fait de collectionner les œuvres ou par pur loisir ? J’ai entendu dire que l’ordre des étapes était la peinture – sculpture – le dessin et la photographie. Au début, j’ai aussi été grandement impressionné par la matérialité et le physique de la peinture, mais maintenant ce monde semble s’étendre un peu plus à travers les documentaires, la photographie et le cinéma.
Vous avez posté un extrait de Phantom Thread de Paul Thomas Anderson que les gens initiés devraient reconnaître. Est-il votre réalisateur préféré ?
RM : Récemment, je vois beaucoup de cinéphiles dans mon entourage. Je connais l’acteur Daniel Day mais pas Paul Thomas Anderson. J’ai entendu dire que Punch Drunk Love est aussi bien mais je ne l’ai pas encore vu, donc je le regarderai sans faute quand j’aurais le temps. De plus, j’ai récemment regardé Asteroid City et me suis intéressé à Wes Anderson. J’ai aussi vu il n’y a pas longtemps Midsommar d’Ari Aster et Burning du réalisateur Lee Changdong. Je vais regarder plus de films. Ah, mais Phantom Thread était vraiment très bien. Si vous ne l’avez pas encore vu, je le recommande vivement.
Quand je visite des expositions, regarde des films et que maintenant je vous écoute en parler, je pense soudainement à l’attitude de The Workers. Comment travaillez-vous ?
RM : Quand je travaille, je pense m’être imposé trop de règles. J’ai pour but de m’interdire absolument de dire que ce n’est pas mon “truc” parce que je ne m’y connais pas bien, ou parce que c’est contraignant ou encore parce que je suis trop occupé, une attitude que j’avais encore récemment. Je brise et mélange toutes les règles que je me suis fixées. D’un côté c’est douloureux mais c’est aussi très amusant. J’ai l’impression de me reconstruire. Il y a une chose que je veux garder : il faut que la personne qui émerge de tout ça soit toujours moi. Je suis encore en train de chercher ce que ça donnera mais j’imagine que je le découvrirai à la fin. Je mettrai corps et âme cette fois aussi pour que ça arrive.
Après ce dimanche, les arts s’inviteront à Séoul grâce à Frieze et Kiaf. Avez-vous hâte de les voir ?
RM : J’ai assisté à celui de Frieze l’année dernière. C’était intéressant mais j’ai vraiment aimé Art Basel en Suisse. Et pourtant, organiser des événements comme ceux-ci à Séoul est vraiment inhabituel et merveilleux. Je suis excité à l’idée que l’art coréen soit représenté dans les galeries à l’étranger. Y penser me rend frénétique.
Dans cette même lignée, l’exposition solo Willow Book Oriole de l’artiste Suki Seokyang Kang sponsorisée par Bottega Veneta, se tiendra au Leeum, Samsung Museum of Art. Personnellement, j’observe attentivement les évolutions des marques de mode. Qu’en pensez-vous ?
RM : Ce que j’aime chez Bottega Veneta, c’est qu’ils voulaient que je les rejoigne. Lors de mon entretien vidéo avec le directeur artistique Mathieu Blasey, nous avons parlé plus d’art et de style de vie que de mode. Ce que j’ai apprécié le plus sont ses paroles : « notre marque correspond à votre mode de vie ». J’ai aussi aimé l’élégance unique que vise Bottega Veneta. Personnellement, je possède déjà des œuvres de l’artiste Suki Seokyang Kang et le Leeum Museum of Art est un de mes endroits préférés en Corée, donc je suis heureux de participer à ce partenariat. Et je souhaite qu’encore plus de marques s’intéressent sincèrement à l’art.
Je ne sais pas. Je ne voulais pas aborder des sujets sérieux ou lourds sans raison. Quand je pense à vous ces jours-ci, c’est souvent ce qui arrive. Vous devenez sérieux. Est-ce parce que vous vous sentez responsable de votre vie et vos actions ?
RM : Je ne sais pas vraiment pourquoi les gens me prennent pour quelqu’un de sérieux, mais je pense que c’est probablement en raison de mon discours aux Nations Unies ou de mes nombreuses interviews. Cependant, si vous regardez certains contenus comme le Psick Show, Run BTS ou mon vlog, vous verrez que je ne suis pas une personne si sérieuse et si intense 24h/24. J’adore l’humour et passer du bon temps. C’est aussi une de mes raisons de vivre. Mais l’humour et la responsabilité sont deux choses différentes. Je n’ai pas eu ce fardeau car je le voulais, mais ce n’est pas une mauvaise chose. Ce serait sympa de vivre seulement en s’amusant et en prenant du plaisir, mais si vous ajoutez des engagements, votre vie peut devenir plus épanouissante. C’est aussi drôle de voir tout le monde s’inquiéter de mon attitude sérieuse (rires). Savoir qu’il y a des choses que je suis le seul à pouvoir faire fait toujours battre mon coeur plus rapidement. Ça me fait vivre. Plaisir et engagement. Ce n’est pas une mauvaise combinaison. Je veux garder en tête qu’en privé, je suis plutôt une personne drôle et étrange.
Je voudrais aussi mentionner que j’ai écrit puis effacé toutes mes questions très personnelles ou désinvoltes. Mais, laissez-moi vous poser une de ces questions. Vous vous êtes défini comme une personne drôle et étrange : à quelles occasions éclatez-vous de rire avec autant de joie ?
RM : C’est quelque chose qui m’est arrivé. Je ris en regardant des reels et des shorts sur YouTube. Je pense que le plus important est que je sois une personne qui puisse rire de grandes mais aussi de petites blagues. Étais-je heureux ? Je ne sais pas. Mais je sais une chose : je deviendrai quelqu’un qui pourra rire encore plus à l’avenir.


