Jin explore un nouveau monde dans Echo
Traduit de l’anglais (Weverse Magazine du 11/06/2025) par #Winter
Une critique du dernier EP du membre de BTS, Echo
Au cours des trois dernières années, les albums solo des membres de BTS ont fait preuve d’une profondeur et d’une portée exceptionnelles, non seulement dans le milieu de la K-pop mais également à travers le paysage musical dans le monde. C’est un exploit historique que de voir tous les membres d’un même groupe sortir de manière consécutive des albums solos et de chacun entrer dans le Top 5 du Billboard 200. Au même moment, ils ont classé collectivement 30 chansons solo au classement du Hot 100. Chaque membre de BTS s’est forgé une approche distincte et un style d’expression propre en proposant des œuvres diversifiées qui reflètent leurs ambitions et leurs goûts individuels.
Au cours de l’hiver 2022, Jin, alors qu’il était le premier à s’engager dans l’armée, est parti en nous laissant The Astronaut. Sa carrière solo commence véritablement et sérieusement deux ans plus tard, après avoir terminé son service militaire et sorti le single I’ll Be There et son premier EP Happy. Bien qu’il ait été le plus longtemps en pause au sein du groupe, son retour a établi avec fermeté l’expression de son identité en restant cohérent avec les goûts rock/pop laissés sous-entendus dans The Astronaut.
Six mois seulement après la sortie de Happy, Jin a rapidement enchaîné avec son deuxième EP Echo. À première vue, Echo semble être le pendant du premier EP, toujours centré sur le rock, toujours Jin en tant que voix principale, mais on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’un simple tour d’honneur. Tout d’abord, il explore ici les sous-genres du rock de manière plus audacieuse et concrète que dans Happy. Nothing Without Your Love est une chanson dans le style rock britannique moderne, portée par des cordes riches en émotion. Loser (feat. YENA) est un fascinant va-et-vient pop punk entre le chanteur principal et la chanteuse en collaboration. Rope It s’entame avec le hennissement d’un cheval, apportant un plus à l’ambiance country rock. With the Clouds recrée à la perfection l’atmosphère énergique et poétique du J-rock. La dernière partie de l’album débute avec Background qui met momentanément le son rock en arrière-plan afin de ramener les projecteurs sur la voix de Jin, avant de retourner et passer à la vitesse supérieure avec le rock alternatif de la dernière chanson To Me, Today.
Le choix d’opter pour des styles spécifiques ici plutôt que de s’en tenir à un cadre pop/rock plus varié peut être perçu comme une approche risquée. En général, lorsqu’un·e artiste grand public adopte un genre spécifique, iel ne recherche pas activement quelque chose d’obscure, mais iel le choisit parce qu’il y a un sentiment de fraîcheur et de nouveauté à ce moment. Même si c’est risqué, Jin l’adopte à bras ouverts dans son EP, rendant son identité musicale claire et délibérée. L’exploration musicale qu’il effectue à travers la variété des styles présents sur l’album ne semble jamais s’éparpiller. Le sentiment de cohésion est surtout rendu possible grâce à la présence vocale dominante de Jin qui lie le tout, de sorte que le⸱a auditeur⸱rice, qu’iel ait ou non de l’expérience avec un genre en particulier, trouve toujours un point qui lui fasse écho dans l’album.
Il y a également eu un changement notable dans le ton émotionnel. Happy était essentiellement axé sur le réconfort chaleureux, comme en témoignent des titres tels que I’ll Be There et Running Wild. « Quand tu te sens triste / Quand tu te sens seul·e / Quand tu souhaites avoir quelqu’un sur qui compter », – et peut-être même face à la fin du monde – Jin chante pour que l’on se sente mieux. Il ne fait aucun doute que c’est le membre de BTS qui s’adresse directement à ses fans, mais la sincérité de ses émotions s’étend également, sans grande surprise, à un public plus large : un moyen d’offrir du réconfort et une connexion. Echo, quant à lui, est centré sur l’introspection personnelle et les complexités des relations individuelles. Le single phare Don’t Say You Love Me a beau posséder des sonorités douces et calmes d’une chanson pop synthétisée, les paroles sont chargées d’émotions tranchantes et introspectives. Elles sont chantées du point de vue de quelqu’un qui lutte contre le tumulte et la douleur provoqués par l’amour et les peines de cœur. Finalement, il s’écrie : « Ne dis pas que je vais te manquer / Dis-moi juste que tu veux me tuer », de façon à pousser vers l’opposé complet du spectre commencé dans Happy.
Avec un contraste si saisissant, Jin élargit et enrichit l’univers de son travail solo. D’une part, il reste une idole de K-pop, conscient de ses fans et de la signification de cette étiquette. D’autre part, il se confie sans crainte sur ses émotions, parfois jusqu’à atteindre un point de vulnérabilité pure, ce qui donne à ses choix de genre une signification encore plus grande. Le charme de l’œuvre solo de Jin réside peut-être dans son déséquilibre délibéré. Après tout, les complexités de la vie et de la musique ne peuvent pas être distillées dans un album qui se résume parfaitement en un seul mot.


