RM le rend possible

Traduit de l’anglais (Weverse Magazine du 03/07/2024) par #Lolo

Un regard sur les nombreux clips de Right Place, Wrong Person

Photo provenant de Weverse Magazine

RM a travaillé sur Right Place, Wrong Person avant son entrée dans l’armée, puis l’a dévoilé après le début de son service militaire. Bien sûr, nous ne l’avons pas beaucoup vu apparaître à la télévision ou dans des émissions en direct et encore moins entendu ses impressions sur l’album. À la place, un mélange de vidéos de performance et de clips, six en tout, ont été révélées dans l’intervalle d’un mois. L’album cerne la personne qu’est devenue RM aujourd’hui. Amoureux avide de la musique, RM a puisé dans une multitude de genres différents, et a reçu l’aide d’un grand nombre d’artistes pour donner vie à sa vision sincère. Avec San Yawn, membre de Balming Tiger, au centre du projet, la superstar de BTS s’est tournée vers des personnes à son goût plutôt que des noms connus de l’industrie pour créer son équipe de rêve, composée d’artistes coréens comme internationaux. Le résultat obtenu est unique dans un monde où les idoles de K-pop qui dirigent leur propre musique sont déjà rares. RM dépasse les attentes de création d’une simple déclinaison de la musique de BTS pour se plonger dans des genres en territoire inconnu. L’album n’est pas simplement un projet personnel et un compagnon, mais un projet avec toutes les ressources nécessaires pour une sortie internationale à grande échelle. À partir de là, RM a puisé dans son identité coréenne et, plus largement, asiatique et dans sa sensation d’être un outsider aux yeux du monde occidental. Et tout cela a été rendu possible car il s’agit de la K-pop, de BTS et de RM. Comme nous l’avons déjà mentionné, la liberté linguistique de RM est plus une partie de lui-même plutôt qu’une force ou un argument de vente.

Il est logique qu’une série de clips conçus pour appuyer un album entier reflète le caractère global de celui-ci. Come back to me, sorti en avant-première, a été réalisé par Lee Sungji qui a aussi créé la série Netflix Beef. L’année dernière, Lee s’est exprimé dans une session spéciale lors d’une conférence en Corée sur ses inquiétudes du passé : il « écrivait, préoccupé, ‘Comment puis-je écrire quelque chose qui plairait aux américains ?’ ». Maintenant, il déclare : « J’essaie d’exprimer mon identité quand j’écris ». Les acteurs principaux dans Come back to me sont tous coréens ou font partie de la diaspora coréenne. Les prises de vues intérieures, un travail d’expert de la directrice artistique Ryu Seonghie, donnent l’impression d’être sur une autre planète mais font finalement penser à un appartement résidentiel en Corée. Comme vu dans des films comme Parasite et Everything Everywhere All at Once, et plus récemment dans des séries populaires comme The Sympathizer (HBO) et Shōgun (FX) aux narrations vietnamiennes et japonaises, il est devenu tout à fait normal et accepté de se concentrer sur ces histoires sans devoir tapisser sur la langue et la culture.

À l’époque où la musique coréenne n’est plus obscure, les clips qui y sont associés peuvent-ils aspirer à plus que de l’extravagance culturelle ambiguë ou des visuels exotiques ? Apparemment, tout le monde se pose des questions similaires car par le passé, la K-pop ne pouvait pas se défaire de l’imagerie coréenne comme les uniformes à l’école. Ces dernières années, elle s’est étendue pour inclure la culture coréenne, les vêtements (hanbok) et le folklore. L’approche de RM ne sort pas du lot parce qu’elle est moderne, mais parce qu’elle est cinématique. Il passe sous silence juste ce qu’il faut pour suggérer une prolifération de chemins inexplorés, une structure circulaire qui capture les thèmes du bien et du mal de l’album, une confrontation entre vouloir être soi-même et questionner son identité, et un conflit entre l’envie d’explorer de nouvelles choses et rester sur ses acquis.

LOST! a été réalisé par Aube Perrie. Perrie a remporté les prix de Meilleur Réalisateur Espoir et Meilleure Vidéo Hip-Hop/Grime/Rap aux UK Music Video Awards de 2021 pour sa participation à la chanson Chemical de MK et Thot Shit de Megan Thee Stallion. Plus tard, il rencontre le succès pour sa contribution aux clips de Music For a Sushi Restaurant et Satellite de Harry Style. Les clips de Perrie sont connus pour repousser les limites de l’imagination dans une situation ou un cadre ordinaire. Une mosaïque de styles, y compris de l’animation de pâte à modeler, et de décors qui donnent l’impression de travailler en miniature ou dans un vieux studio télé, tourbillonne pour former un labyrinthe à la Escher1 rempli de paradoxes temporels et de répétitions.

Les clips de Groin, Nuts, Domodachi (ft. Little Simz) et ㅠㅠ (Credit Roll) ont tous été dévoilés un peu plus tard et ont tous été réalisés par Pennacky. Le réalisateur est célèbre dans la scène indépendante japonaise pour être à l’avant-garde du style visuel rétro des années 80 et 90, et aussi pour ses collaborations avec de nombreux artistes asiatiques en dehors du Japon comme la troupe coréenne Balming Tiger, le groupe singaporien Sobs et le groupe indonésien Gizpel. Mais ce serait injuste de dire qu’il ne travaille que sur la scène indépendante car il a aussi collaboré avec des artistes japonais immenses comme ATARASHI GAKKO! et des artistes populaires occidentaux comme Phoenix. Le style signature distinct de Pennacky est partout dans ses vidéos créées pour RM. Il montre une préférence constante pour une certaine imagerie (une pellicule 16mm, une approche simple pour des effets fascinants pour lesquels il ne fait aucun effort pour cacher une certaine nonchalance) et une tendance à mettre spécifiquement en valeur la qualité japonaise de ses vidéos, peu importe la nationalité du chanteur ou si c’est une vidéo de grande notoriété pour un artiste mainstream, comme par exemple le personnage de l’employé de bureau japonais travaillant en bourse et des effets traditionnels et pratiques.

Cependant, parmi toutes ses vidéos avec RM, celle de Pennacky pour l’avant-dernier titre ㅠㅠ (Credit Roll) se démarque le plus. RM est assis devant une caméra, les images transmises sur une vieille télévision encombrante, tandis qu’à côté de lui, des personnes d’âge et de milieux divers sont assises par terre autour d’une table basse (une bapsang) et partagent un repas qui pourrait être coréen, mais sans certitude. Ils ont une conversation animée en mangeant sans jeter un seul regard à l’écran. Un groupe de personnes non coréennes qui partagent un repas typiquement coréen, ou même juste asiatique, pendant que RM chante à la télévision : y aurait-il une meilleure métaphore pour représenter la fierté que mérite de ressentir RM, et le mystère de ce que l’avenir lui réserve ? À ce stade, ㅠㅠ (Credit Roll)  est plus humble qu’un titre outro qui nous remercie par avance de rester jusqu’au bout du générique de fin. Certains artistes se voient comme une plateforme sur laquelle ils peuvent s’élever. Right Place, Wrong Person apporte des concepts comme ceux des outsiders, des stars mondiales, des chemins jamais empruntés et de la difficulté de s’intégrer, ou peut-être d’être complètement inadapté. La palette variée des collaborations de RM complètent la texture de la musique et des vidéos de l’idole et enrichit la discussion toute entière en apportant un contexte supplémentaire autour de la table. Et tout cela a été rendu possible car il s’agit de la K-pop, de BTS et de RM.

Notes :

1. Escher :
Escher est un artiste néerlandais.