Analyse d’ARIRANG : les rois de la pop coréenne font leur grand retour

Traduit de l’anglais (NME du 24/03/2026) par #Lolo

Après presque quatre ans, le boysband qui a conquis la planète est de retour et apporte avec lui de nouvelles réflexions sur la vie, en plus de révéler un plus grand nombre d’aspects de leur héritage culturel.

Photo concept d'ARIRANG @Big Hit MUSIC

Arirang, la chanson folk traditionnelle coréenne qui a prêté son titre au nouvel album de BTS, a longtemps été sujette à interprétation. Pleine de désir et d’espoir, de résilience et de résistance, la chanson peut être lue comme une ode à un être aimé ou à une ville natale laissée derrière soi. Il existe différentes versions associées à différentes régions de la Corée et au fur et à mesure des années depuis qu’elle fut documentée pour la première fois pendant la reconstruction du Palais Gyeongbokgung de Séoul (bien qu’elle pourrait être beaucoup plus ancienne), elle a endossé différents rôles et significations. La plus célèbre étant un hymne de résistance contre l’invasion et l’occupation des Japonais.

C’est maintenant le tour du poids lourd de la K-pop, BTS, d’apporter sa touche personnelle sur Arirang pour la transformer en un hymne d’unité, d’action et d’expérience. Body to Body, l’introduction impérieuse de l’album, utilise un échantillon de la chanson folk et mixe les percussions traditionnelles avec des raps rythmés et des accords tenus. « Les émotions bouillonnantes de notre peuple / Vis-le à fond, vis-le à fond, vis-le à fond / Tu pourrais le voir / Ou bien le lire », rappe J-Hope pour nous inciter à laisser derrière nous la passivité tandis que la chanson se dirige vers l’extrait d’Arirang. Dans les main de BTS, Arirang amplifie son appel retentissant.

Pendant la préparation de leur cinquième album complet, et première sortie musicale depuis presque quatre ans, le groupe de sept membres a promis un retour à leurs racines. Aliens, un titre au rythme cadencé co-produit par Mike WILL Made-It, examine l’ascension de BTS mais aussi de l’étendue de la culture coréenne. « Tout le monde sait où se situe le K », note RM à un moment avant de référencer l’un des leaders du mouvement d’indépendance de la Corée qui a souhaité une mise en avant du pouvoir coréen par la culture et non par une agression militaire ou de la brutalité : « Pardon M. Kim Gu, dites-moi comment vous vous sentez ».

Si Aliens positionne le groupe comme étant « Différents de naissance, sept aliens », they don’t know ‘bout us rejette l’idée qu’ils possèdent quelque chose d’inhabituel. « Ce sont des Asiatiques hors-norme / Des êtres héroïques, trop difficiles à briser », résume J-Hope en regroupant les analyses extérieures de BTS. « On ne comprend pas / Nous sommes simplement sept humains ».

La plupart du contenu d’ARIRANG traite d’idées aux antipodes : les membres de BTS en tant que personnes normales ou héros, le bourdonnement des projecteurs et le silence de leurs sphères privées, avoir envie de continuer à vivre des périodes euphoriques contre avoir envie de descendre de ce manège. Ce dernier illustre Merry Go Round, coproduit par Kevin Parker de Tame Impala, et un portrait d’une beauté mélancolique d’une routine dont on ne peut s’échapper. « Je n’arrive pas à descendre de cette attraction », soupire Jin, résigné à être coincé et à devoir refaire un tour. Le titre contagieux NORMAL est coincé entre les hauts et les bas de l’attention qui leur est portée (« Me montrent de la haine, me montrent de l’amour, me rendent résistant aux balles / Ouais, on appelle cette merde normal ») tandis que SWIM, un choix tout en sobriété pour le single de leur retour qui s’impose progressivement plutôt que de vous emporter directement, s’engage à affronter et vaincre les défis de la vie.

Le retour des membres de BTS à leurs racines n’est pas juste une référence à leur identité culturelle mais aussi à la musique qu’ils ont commencé par faire : le groupe a d’abord été formé comme étant un groupe à consonance rap, avec RM et Suga dont l’activité underground hip-hop était connue avant qu’ils ne rejoignent Big Hit Music. La première moitié d’ARIRANG laisse une grande place au hip-hop, une offensive addictive dans l’attitude et énergie qui permettent une réintroduction puissante. Le hip-hop alternatif d’Hooligan prend le contrôle de l’ambiance et nous emmène dans un territoire sonique étrange mais satisfaisant en combinant des sonorités acérées à des cordes au rythme sautillant, tandis que FYA monte en régime dans l’urgence et la hauteur.

Les membres de BTS font une pause pour reprendre leur souffle dans No. 29, un interlude composé du son de cloche du 29ème trésor national de Corée du Sud, la cloche sacrée du roi Seongdeok, et pour revenir plus calmement et dans un ton plus mesuré. C’est dans cette deuxième moitié que l’impact d’ARIRANG se ternit légèrement. Le titre grunge Like Animals semble déconnecté de son message, déclinant vers une libération plutôt que de l’attraper par les cornes, tandis que les sons électro rayonnants de One More Night sont agréables mais échouent à laisser une impression durable. Les voix du dernier titre Into The Sun sont peut-être déformées de manière inconfortable parfois, mais dans le contexte de la chanson, ces effets fonctionnent et capturent le désir d’accueillir une nouvelle journée ensemble avec une intensité excitante.

Les jours précédant le comeback historique de BTS au Gwanghwamun Square de Séoul, une banderole sur un immeuble voisin décrit le groupe comme : « Né en Corée, joue pour le monde ». C’est une caractérisation adéquate de ce qu’ils ont toujours fait : mélanger l’héritage culturel de leur pays natal avec des influences mondiales, une approche qui met en lumière ARIRANG. Après presque quatre ans, BTS est revenu faire ce qu’il sait faire de mieux : servir à la fois d’ambassadeur et d’explorateur, alimenté par la curiosité et la créativité.