Critique de MUSE de Jimin par NME de juillet 2024
Traduit de l’anglais (NME du 19 juillet 2024) par #Lolo
Jimin - analyse de Muse : une envie d’amour
Dans son second album solo, le chanteur de BTS emprunte un chemin plus éclairé pour trouver la véritable romance.
Muse, le second album solo de la star de BTS Jimin, débute par un lourd battement de cœur. Pendant que ce pouls continue de battre et de se contracter, les notes brillent et scintillent autour de lui comme si elles jetaient un sort sur le chanteur. C’est une introduction chargée de magie, l’équivalent sonore de Jennifer Garner saupoudrée de poussière enchantée dans 30 ans sinon rien. Ici, Jimin ne court pas après l’âge mais après la romance. « Je veux un vrai, bon amour » chante-t-il quelques instants plus tard dans Rebirth (Intro). « J’essaie de trouver un amour ».
Pratiquement un an et demi après la sortie de son premier album solo ayant battu des records, Muse semble avoir renversé FACE. Ce premier disque était d’humeur beaucoup plus sombre : il retraçait le parcours en dents de scie de la lutte de notre être intérieur et abordait les bons et les mauvais côtés de ce bras de fer. Il était caractérisé par une attraction et un rejet de la lumière et de l’ombre qui est largement absent ici, mais Muse capture tout de même une tension ambivalente, bien que beaucoup plus subtile.
Nous pouvons le percevoir dans la manière dont Jimin chante sur l’amour, différemment suivant les deux moitiés de l’album. Dans la première partie, il est embarqué dans les premiers émois d’une relation et les déverse dans des chansons qui virent de l’exubérance jusqu’à la tendresse. Smeraldo Garden Marching Band (ft. Loco), inspiré librement de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles, se saisit de la première et laisse suinter de la joie et de la légèreté.
Souvent, des acclamations distantes ponctuent les paroles de Jimin accompagnées de petits moments loufoques, comme lorsqu’il formule une invitation dont le titre serait : « Parlons de nous » avec une voix pincée qui reflète la niaiserie qui s’empare de nous quand l’amour nous rend étourdi. Un autre clin d’œil est envoyé aux Fab Four1 dans sa confession de vouloir « te tenir la main », pendant que le couplet dynamique du rappeur et invité Loco accentue la nature lumineuse et inépuisable de la chanson.
Cette espièglerie débute avant même l’apparition de Smeraldo Garden Marching Band (ft. Loco). Elle est précédée par un titre, Interlude : Showtime, qui rappelle Face-off de FACE avec sa mélodie aux sons caractéristiques de cuivres et qui se termine par Jimin endossant le rôle d’un animateur extravagant qui présente son groupe imaginaire.
Les cuivres jouent aussi un rôle discret mais divin dans le dernier titre de la première moitié de Muse. Jusqu’à la dernière minute, Slow Dance (ft. Sofia Carson) prend la forme d’un titre R&B plaisant qui s’accompagne de pincements de corde de guitare et qui voit Jimin échanger des couplets avec la chanteuse américaine Sofia Carson « joue contre joue », tandis qu’ils glissent ensemble dans une « dernière romance ». À la fin du couplet saisissant de Carson, les cuivres se font entendre et emportent la chanson dans un endroit paradisiaque, pendant juste un instant.
La seconde moitié de Muse utilise un tout autre tact, à la fois dans la façon dont elle parle d’amour et dans la quantité d’espoir qu’elle contient. Les sons rêveurs et joyeux ont disparu pour être remplacés par quelque chose de plus sensuel. Be Mine prend ce chemin sans ambiguïté quand Jimin dit à sa partenaire avec assurance : « Je sais ce que tu veux / Et bébé, je veux la même chose » avant d’ordonner « Bébé viens, bébé viens / Montre-moi / Montre-moi ce qu’est l’amour, ouais, ouais ». Dans le même temps, des guitares latino s’ajoutent et se mélangent avec une base Afrobeat basse et transporte la chasse du chanteur dans la nuit.
Pendant ce temps, Who remonte à l’époque du R&B des années 2000 tandis que son créateur essaie de trouver la personne que son coeur attend. La chanson est truffée de confusion : « Est-elle quelqu’un que je vois tous les jours ? / Est-elle à des milliers de kilomètres ? » se demande-t-il au bout d’un moment, et nous pouvons sentir les premiers instants où le désespoir s’invite dans la fête. « Si je pense à elle chaque jour / […] / Alors dis-moi pourquoi je ne l’ai pas trouvée » demande Jimin. Il fait sans doute écho à une société qui swipe constamment à gauche ou à droite mais qui a toujours beaucoup de difficultés à trouver la bonne personne.
L’album se termine avec un détour qui nous ramène aux émotions chaleureuses de sa première moitié avec la chanson Closer Than This, dédiée aux fans : une ode douce voire même sucrée aux fans, ARMY. À première vue, elle ne s’accorde pas avec le récit que raconte le reste de l’album : la poursuite de l’amour et les confusions qui accompagnent cette mission. Mais, parmi les promesses de Jimin de ne « Jamais t’abandonner », il y a peut-être une leçon pour nous tous : il y a beaucoup de manières différentes d’aimer et de prendre soin de cet amour, et pas seulement de l’amour ardent.
Donc Muse est à la fois une quête romantique et réaliste pour trouver quelque chose en plus. Il prend moins de risques que FACE mais forme un tout cohésif et brillant guidé par Jimin et sa cohorte de producteurs, en partant de collaborateurs dont il est proche : Pdogg, GHSTLOOP et EVAN jusqu’à des grands noms comme Jon Bellion et Ryan Tedder. Puisqu’il a été créé à peu près à la même période que ses débuts solo, il est difficile de parler d’étape franchie, mais il explore plutôt une autre direction dans laquelle il pourrait emmener sa musique.
Notes :
1. Fab Four :
Fab Four est un autre surnom donné aux Beatles.


